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Je pourrais prendre quelques lignes pour me présenter comme il est de coutume de le voir faire sur certains sites photos, mais je n’y vois pas ici d’intérêt pour votre visite : vous êtes venus sur ce site pour flaner visuellement, pas pour en savoir plus sur moi. Cela n’aidera pas la lecture photographique de savoir si j’ai 30 ou 65 ans, 20 ans de pratique photographique ou si je viens de découvrir mon premier appareil. Cela peut au contraire gêner votre visite et vous rendre plus indulgents si je vous dis que c’est une passion, ou plus critiques si je vous dis que c’est un métier. Seul le résultat compte comme j’aime à le répéter…
Je me permets par contre une digression sur ma relation avec la photographie qui, elle, apporte dans la compréhension de ma démarche et de mes productions.
Ma relation avec la photographie est très schizophrénique, et donc problématique (mais malgré tout salvatrice et vitale). Pas pour la pratique, mais pour l’appréciation, l’évaluation de mon travail personnel. J’avais en effet posé il y a un moment à un peintre conférencier cette question (ce peintre risquait le mot « artiste » en se qualifiant alors qu’il était précautionneux quant à l’utilisation du mot « art ») : « quel est le moment où vous avez pu vous qualifier d’artiste ? Est-ce le moment où vous êtes reconnus par vos pairs, par le public, ou le moment où vous acceptez ou appréciez votre travail ? ».
C’est la difficulté, croissante au demeurant en raison de la démocratisation de la photographie, de pouvoir estimer son travail photographique suffisamment intéressant pour l’exposer. Tout le monde est photographe, pour reprendre Warhol à la sauce photographique tout le monde prend au moins 15 clichés géniaux dans sa vie. Est-ce un risque de se qualifier artiste (cela suscite des attentes, des critiques plus virulentes) ou une aberration ? Si je publie mes photos cela signifie t il que j’apprécie mon travail ? Mais n’est ce pas présomptueux d’apprécier son travail? Inversement dénigrer mon travail serait ce crédible plutôt que faussement modeste ?
J’aime la photo, je prends des photos, cela fait il de moi un photographe ? Si j’avais un talent évident, la reconnaissance aurait été immédiate. Et pourquoi moi plutôt qu’un autre ? J’estime mon travail quelconque au regard de celui de photographes inconnus dont le site apparait au détour de la toile, je considère donc comme acquis l’impossibilité de m’appeler artiste et pourtant dans le même temps j’estime ma démarche comme artistique, au moment de prendre certaines photos j’ai LA vision de ce que cela doit être, l’excitation de ce que cela sera, l’intuition, l’œil qui parle, et pourtant j’ai peur en énonçant ce principe que, déçu par le résultat, le spectateur juge le travail bien en deçà des promesses de résultat artistique. Mais c'est de cette vision, de ce "feeling" que je tire mon plaisir photographique, que je ne renierai donc pas.
On peut sentir et pressentir un résultat artistique mais ceci peut n’être que l’espérance d’une qualification d’artiste. C’est pourtant plus simple et plus confortable de dénigrer son travail: se qualifier d’artiste quelconque ou parjurer toute tentative d’art permet de fait de ne pas ressentir de pression en ôtant tout semblant d’objectif à la production. Je ne suis pas artiste donc ce que je produis est quelconque mais je le sais d’avance puisque j’énonce ce fait, et si par hasard ma production plait en ce cas je pourrais me qualifier d’artiste (avec un « a » minuscule).
Je ne pense pas à tout cela au moment de prendre mes photos, c’est peut être ce qui peut différencier la photo de la peinture ou de la sculpture ou même de la vidéo, ce caractère instantané requérant l’instinctif, l’intuitif, le sens en alerte seul l’œil et le doigt parlent et communiquent pour quelques secondes. Bien entendu dans des projets photographiques la démarche est plus longue et plus réfléchie, et c’est dans ces moments là, des moments de « séries » photographiques que je me pose la question du bienfondé de ma démarche. Qui suis-je pour juger mon travail et ma démarche ? Qui ne suis-je pas inversement pour porter un avis. Le frein fait il partie de la démarche ? Faut il nécessairement s'interroger pour produire une démarche aboutie ou celle ci risque t elle d'être pompeuse et factice et perdre en naturel?
J'avais eu une interrogation au moment de mon projet de photos dérivé du néo-dadaisme (section non construite au moment de l'ouverture du site), et dont le principe est de faire non pas de la photographie mais de la "capture d'images" basiques, simples, des éléments d'un tout à partir d'un appareil simple sans zoom avec un simple bouton de capture d'image. Un appareil à la portée de tous, l'art à la portée de tous, du coup est ce moins de l'art car plus démocratisé, ou plus de l'art car plus accessible? Dois je tendre vers le beau et le complexe, le recherché avec matériel sophistiqué, quand une tangente que ne renierait pas l'art contemporain m'intéresse sur un projet de "vulgarisation" de la photographie? Est ce encore de la photographie? Est ce enfin de l'art? Quant à la prise de risque, est elle minime du fait de cet effet d'annonce (de faire du simple, de ne pas attendre de la photo mais de la capture d'image), du fait de ne pas utiliser de matériel évolué/sophistiqué (excuse du matériel) ou au contraire accrue du fait par tout un chacun de pouvoir reprosuire ce concept et donc de chercher l'unicité dans ce phénomène reproductible? La complexité par la simplification est au coeur de mon projet et on n'est plus seulement dans le ressenti de la photo mais dans la réflexion de la démarche de la capture d'images.
Au final, quel intérêt comporte cette réflexion sur l’art et l’artiste ? Quel impact sur mon travail ? Dois-je avoir les réponses pour continuer ou même améliorer ma photographie ? L’absence de réponse n’arrêtera pas ma photographie, mais les questions subsistaient au moment de produire le site : quel intérêt pour le citoyen d’assister à la naissance d’un énième site photos ? Quelle différence, quelle valeur ajoutée à mon site? Cela sert il juste mon intérêt ? Est-ce purement narcissique?
Bref je finirai en écrivant, mais vous l’aurez compris, que la photo n’est pas (selon moi) une action simple, un réflexe ou un mécanisme, un passe-temps ; c’est à la fois une démarche naturelle et simple mais réflexive et complexe. C’est peut être le résultat d’un moment furtif qui peut gagner ensuite en temporalité lors de son inscription dans un projet. Et même si elle apparait comme figée dans le temps, la photographie est un catalyseur variable d’émotions diverses suivant les spectateurs. Ce n’est pas simplement « faire » ou « prendre » une photographie. C’est peut être simplement le résultat de ce que j’ai ressenti au moment de capter l’image, mais c’est peut être aussi le résultat d’une mise en scène pour correspondre à un projet (c’est de fait le résultat « subi » ou la conséquence « souhaité »).
Ma photographie me correspond, elle est réflexive-intuitive, somme toute. Et elle est à prendre comme telle, voila tout.
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